Bibliographie du campus ScolaConsult® : L’Open Space m’a tuer

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L’Open Space m’a tuer

L’Open Space m’a tuer

Alexandre des Isnards et Thomas Zuber
1ère édition 2008

Editions Hachette Littératures
ISBN-10: 2012374085
216 pages

Notre avis

Un voyage au pays des consultants vu par la génération Millenium: une anti-mythologie et la remise en cause d'un certain management conseil. Un livre à lire

Sur le thème déjà traité de la souffrance au travail, c'est une caricature sévère d'un voyage au pays des consultants, souvent juste, amusante à lire, qui reproduit bien les tics de nos métiers.

C'est aussi un livre prétexte, qui porte le regard critique et sociologique d'une nouvelle génération sur l'organisation du travail dans le conseil et les services. Une lecture à recommander aux managers, DRH et dirigeants des grands cabinets.

L'objet du livre

Critique féroce, et souvent désopilante, du management open space, sans porte ni cloison ni signe apparent de hiérarchie, ce livre qui fait un succès de librairie, illustre le malaise d'une génération, dite génération Y ou Millenium.

Les scènes de la vie de bureau s'enchaînent, dévoilant les souffrances et désillusions de la génération open space. On plonge directement dans l'ambiance de la « staff room » : l'open space, haut lieu de la « lutte des places ».
Passé l'enthousiasme de la découverte, les jeunes recrues ne sont pas loin du « burn out » : tension permanente, épuisement du "mode projet", vie privée difficile à préserver, stress et souffrance physique, « tendinite du BlackBerry », malaises au milieu du bureau et, surtout, manque de reconnaissance.
Sous des airs « cool » et libéral (tutoiement qui gomme les hiérarchies, flexibilité, mobilité, surabondance des nouvelles technologies,...) un mangement conseil de plus en exigeant et dépersonnalisé exerce de fait une mise sous contrôle permanent.

Les auteurs

Alexandre des Isnards et Thomas Zuber ont trente-quatre ans, sont tous deux diplômés de Sciences Po, ils travaillent depuis neuf ans comme consultants. Après Sciences Po, Alexandre a fait un DESS en Affaires Internationales à Dauphine et Thomas un troisième cycle de Gestion de projet de développement à Bogota en Colombie. Nos deux auteurs disent être devenus consultants plus par opportunité que par choix.

Ils incarnent cette génération de consultants qui a fait de bonnes études, rejoint des sociétés ou des cabinets de référence, mais refuse les contraintes du moule dans lequel elle est censée entrer. Dans les années 1980, ils étaient prêts à tout pour réussir dans la Firme. Aujourd'hui, ils prennent leurs RTT, rejoignent des ONG, refusent de souffrir au travail ou d'accepter les promotions. Is pensent que « la vraie vie est ailleurs ».

En savoir plus

Avec L'Open Space m'a tuer, on plonge directement dans l'ambiance de la « staff room » : l'open space, haut lieu de la « lutte des places ». L'ambiance est bien restituée, avec quelques caricatures qui sont la loi du genre. Un espace dédié au travail, où rien n'est fait pour le bien-être : espace restreint, froideur des matériaux, lumière violente et surtout bruit permanent. Le manque d'intimité et de savoir-vivre, le flux ininterrompu des conversations client et souvent privées, les commentaires et les coups de fil sans fin et à voix tonitruante sont difficilement supportables.

Le jargon de consultants sonne très vrai. Tout consultant, quelle que soit sa génération, se reconnaîtra dans le wording. Je suis charrette. J'ai du retard pour ma timesheet. T'es J, K, P, F ou E ? (par référence au très répandu test d'évaluation MBTI) Je phase pas mal avec ton autoéval. Sois entrepreneur de ta carrière.  Le lecteur trouvera même un glossaire à la fin du livre : ASAP, booster, c'est dans le pipe, circulariser, customiser, délivrer, buzz, implémenter, je reviens vers toi, je suis confortable avec, je suis aux taquets, one to one, propale, reco, faire un retour...

Autre point d'amusement pour le lecteur consultant ou futur consultant : les libertés prises avec les cabinets de référence, qui se reconnaîtront : Accenpelure, Altilog, Altrain, Bazard & Gérard, Business & Incisions, Capcefini, DeloitteJ'tetouche, KPAIMGEG, Price and Whisky Winconsulting, ... et j'en passe.

Dans cette atmopshère, le débat, l'open space devient un prétexte.
Le phénomène n'est pas nouveau dans le conseil. Dès 1995 Andersen consulting (aujourd'hui Accenture) a inventé le « bureau virtuel » et emménagé au « Georges V ». C'était à l'époque une petite révolution. Les bureaux d'angle de La Défense disparaissaient et chacun, même les associés, devait travailler sous le regard de l'autre. Le concept : économiser de la surface puisque les consultants passent 80 % de leur temps chez le client. Pour que ce changement soit accepté, compenser par un environnement de prestige et des services de qualité « grand hôtel », créer enfin un immeuble transparent et largement ouvert aux clients, qui devient une vaste salle de réunion.

L'Open Space m'a tuer dénonce cette organisation des cabinets conseil. :

  • Elle est invivable au sens propre pour les consultants (le choix très « fait divers » du titre et de la couverture parle de lui même).
  • Elle fabrique du contrôle social (sous forme de «cancans», de rumeurs, chacun se surveille, note à quelle heure l'autre arrive ou part, écoute les conversations). « La première des choses à apprendre quand vous arrivez dans l'«open space» c'est... d'avoir l'air toujours débordé. »
  • Elle matérialise une organisation du travail qui crée du stress chez les consultants, de plus en plus exigeante, avec toujours plus de performance et de rapidité imposée.
  • Elle dissimule des carences du management, une stratégie difficilement lisible, une course effrénée à la performance, un manque de reconnaissance des consultants, des possibilités d'évolution professionnelles en fait limitées...

Derrière cette dénonciation, nos deux auteurs cachent une vraie lecture et remise en cause d'un certain management conseil.

Ils le disent - et ils y réussissent, Alexandre et Thomas ont entrepris ce récit pour « arrêter de mythifier le boulot de consultant » et «  gommer cette image d'iceberg arrogant qui fait la réputation des consultants »  Ils expliquent - avec leurs mots - le fossé générationnel qui les sépare du modèle traditionnel du conseil et du consultant. « Ces jeunes en ont ras la cravate. D'ailleurs, ils ne la portent même plus ».

Leur analyse d'un modèle managérial et de carrière traditionnel dans le conseil est très claire ; ils en connaissent dans le détail les critères :

  • « Les cabinets cherchent toujours le même profil. Genre à l'aise, mais pas grande gueule »
  • « Chez les consultants, on n'a pas le droit de se plaindre dans l'incertitude. »
  • « Chez nous on veut des impliqués, pas des compliqués »
  • « Faire on boulot c'est bien, mais pas suffisant. Il faut en plus avoir la bonne attitude. Gare à ceux qui ne manifestent pas assez d'enthousiasme, ne progressent pas au bon rythme sur la courbe de maturité ou manquent d'assertivité. »


Ils ne se reconnaissent pas en revanche dans le modèle que pourrait leur tendre leur hiérarchie, et ils en viennent à douter de leur véritable utilité et valeur

  • « Les nouveaux managers : animateurs hors pair, champions du should management, débordant d'égo, ils ont tendance à communiquer avec un naturel qu'on ne vous autorisera pas : on va les détruire, on est les meilleurs. »
  • « Je ne suis qu'une ressource parmi d'autres. »


Un conseil de « vieux consultant » qui a bien connu l'open space du Georges V : c'est dans et avec le client que l'on trouve son utilité professionnelle et le sens du métier.

On ne rencontre pas souvent le client dans l'open space, il faut peut-être en sortir plus souvent pour aller à sa rencontre et conquérir son espace de liberté.

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